Déodorants : le procès de l?aluminium
Faut-il
se méfier des déodorants antitranspirants ? Les sels d?aluminium qu?ils
contiennent sont accusés des pires maux en matière de santé. Alors
coupables ou non-coupables ?

Déodorant et déodorant : ne pas confondre
Les
déodorants « classiques » ne sont que des « parfums » destinés à
masquer les odeurs corporelles par une odeur agréable, avec une
efficacité plus ou moins aléatoire. Ils ne vous empêchent absolument
pas de transpirer.
Les
déodorants antitranspirants, par contre, bloquent le processus de
transpiration. Plus exactement ils limitent la sécrétion de sueur par
notre organisme grâce aux sels d?aluminium qui viennent « boucher » les
glandes sudoripares. En théorie, vous gardez les aisselles sèches et
par la même occasion vous évitez la formation d?odeurs indésirables.
La
rumeur revient régulièrement, colportée par les mails, forums, blogs et
autres miracles de l?Internet : les déodorants antitranspirants sont
toxiques et se tartiner les aisselles tous les matins avec son déo
stick, déo bille ou déo spray met notre santé en danger. Risque de
cancer du sein, maladie d?Alzheimer, démence et autres menus plaisirs.
Info ou intox ? Voyons ce qu?en dit la recherche.
Les déodorants antitranspirants sont censés
prévenir la formation d?auréoles disgracieuses sous les bras et les
odeurs qui les accompagnent en empêchant le processus de transpiration.
Comment ? Grâce à une substance qui « bouche » les glandes sudoripares.
On vous le donne en mille : l?aluminium. C?est lui qui se retrouve
aujourd?hui sur le banc des accusés. Peut-on donner un verdict dans le
volet « déodorant » du procès de l?aluminium ?
Bloquer la transpiration
Dans le camp des défenseurs, on retrouve le Dr Dana Mirick, du Centre
de Recherche sur le Cancer Fred Hutchinson à Seattle. En 2002, la
chercheuse a voulu savoir si notre accusé pouvait être tenu pour
responsable de cancers du sein. Elle a comparé les habitudes
d?hygiène de deux groupes de 800 femmes, les premières atteintes d?un
cancer du sein, les secondes en bonne santé. Son réquisitoire sonne
comme un alibi en faveur de l?aluminium : l?utilisation d?un
antitranspirant n?augmenterait en rien le risque de cancer du sein.
Parmi les plaignants, on retrouve en première
ligne le docteur Philippa Darbre. En septembre 2005, la chercheuse de
l?université de Reading au Royaume-Uni pointe du doigt l?aluminium
contenu dans nos antitranspirants qu?elle soupçonne de favoriser les
cancers du sein. Comment ? Elle a montré que le chlorhydrate
d?aluminium contenu dans les déodorants pourrait interférer avec les
récepteurs aux estrogènes de certaines cellules cancéreuses. « Comme
les estrogènes seraient impliqués dans le développement et la
progression des cancers du sein, toute molécule de l?environnement qui
possède une activité estrogénique et qui peut pénétrer dans le sein
peut théoriquement influencer le risque de cancer de sein d?une
femme. ».
Aux côtés du Dr Darbre chez les plaignants, on
retrouve le Dr Kris McGrath de la Northwestern University de Chicago. La chercheuse a étudié les habitudes cosmétiques de 437 femmes
souffrant d?un cancer du sein : utilisez-vous un antitranspirant au
moins deux fois par semaine ? Vous rasez vous les aisselles au moins
trois fois par semaine? Son verdict est sans appel : celles qui ont
répondu par l?affirmative à ces deux questions ont été frappées par un
cancer du sein en moyenne quinze ans avant leurs congénères. Pourquoi ?
« Le rasage facilite probablement l?absorption de l?aluminium car il
fragiliserait la barrière cutanée », suggèrent les auteurs.
Haro sur l?aluminium !
Donc l?aluminium franchirait allègrement notre
peau pour aller se répandre dans notre organisme ? A vrai dire, nous
n?en sommes même pas sûrs?
En 1995, les travaux du professeur Edmond Creppy,
chef du laboratoire de toxicologie et d?hygiène appliquée de la faculté
de pharmacie de Bordeaux apportaient des éléments à charge contre
l?aluminium. Le chercheur montre alors que ce métal est absorbé par la
peau. Pire : il pénètre beaucoup plus facilement dans l?organisme
par cette v oie que lorsqu?il est ingéré. La réaction ne se fait pas
attendre : haro sur les antitranspirants ! Avec pourtant une nuance
d?importance : les travaux du Pr Creppy ont été réalisés? chez la
souris ! Un modèle que l?on peut difficilement extrapoler à l?homme
d?après l?Afssaps : « la peau de souris n'est absolument pas adaptée
pour des études de biodisponibilité transpo sables à l'homme sachant que
l'épiderme de souris ne comprend que 2 à 3 assises cellulaires contre
20 à 30 chez l'homme. »
Alors que se passe-t-il chez l?homme ? Jusqu?ici,
une seule et unique étude portant sur l?absorption de l?aluminium sur
la peau humaine a été réalisée par des chercheurs américains. Deux
volontaires en bonne santé se sont prêtés à l?expérience, se laissant
tartiner les aisselles de chlorhydrate d?aluminium et faisan t don
d?échantillons de sang et d?urine pour vérifier si cette substance
passe la barrière de la peau. Verdict des chercheurs : seul 0,012 % de
l?aluminium serait absorbé au ni veau de la peau.
Appelé à la barre, le chimiste anglais Christopher
Exley confirme : « Il est généralement admis que la peau constitue une
barrière efficace contre l?aluminium. » Donc cette voie d?absorption
serait négligeable ? « Cette conclusion est assez difficile à concilier
avec le cas rapporté par le docteur Guillard », nuance le chercheur.
Nous avons contacté le Dr Olivier Guillard,
chercheur en biochimie à la faculté de médecine de Poitiers. Ce dernier
ne croit pas du tout à un lien possible entre l?aluminium et les
cancers, mais pour lui la neurotoxicité de l?aluminium ne fait aucun
doute.
Il a suivi une femme de 43 ans se plaignant d?une
immense fatigue. Diagnostic : hyperaluminémie, trop d?aluminium dans
l?organisme. Comment cette femme a-t-elle pu être exposée à des
quantités d?aluminium suffisamment élevées pour entraîner ces
symptômes ? Rien dans son environnement professionnel ne l?expose à
l?aluminium. Toute source de contamination éliminée, le seul suspect
encore en course était le déodorant de la patiente. Depuis 4 ans, cette
femme utilisait tous les jours un déodorant antitranspirant contenant
du chlorhydrate d?aluminium. Pour vérifier leur hypothèse, les
chercheurs ont demandé à la jeune femme de cesser d?utiliser son
déodorant. Résultat : dans les trois mois qui suivirent, la fatigue
s?est atténuée puis a disparu. Parallèlement, son taux d?aluminium dans
le plasma a considérablement chuté. Aucun doute possible : le déodorant
antitranspirant était seul responsable de l?hyperaluminémie. Comment
est-ce possible alors que nous sommes des millions à utiliser ces
produits tous les jours ? « Il s?agit très probablement d?un cas
d?hypersensibilité individuelle, explique le Dr Guillard. C?est le
premier cas que nous rencontrons. ».
Pas d?alternative
Faut-il bannir définitivement les déodorants à
l?aluminium ? L?agence française de sécurité sanitaire des produits de
santé (Afssaps) prêche pour la présomption d?innocence : « Les experts
de la commission de cosmétologie du 16 décembre 2004 se sont prononcés
en faveur de l'innocuité des produits cosmétiques contenant de
l'aluminium. (?) En raison de son intérêt technologique, la
substitution de l'aluminium dans ces produits n'est pas envisageable
actuellement. ». Il faut dire que l?industrie cosmétique ne dispose
d?aucune alternative à l?aluminium pour les déodorants. Cependant,
l?organisme reconnaît que « la réalisation d'une étude de pénétration
cutanée de l'aluminium est indispensable ». La commande est passée,
résultats attendus courant 2006.
Alors l?aluminium, coupable ou innocent ? Bien
audacieux le juge qui pourra se prononcer ; la sentence restera
probablement en suspens en attendant les résultats de l?enquête.
Si vous préférez le principe de précaution à la
présomption d?innocence, vous pouvez toujours bannir tout déodorant de
votre salle de bain. Ou - solution moins risquée pour votre vie sociale
- choisir un déodorant sans aluminium, ça existe.
Des déos sans alu
Pour
trouver un choix assez large de déodorants sans aluminium, mieux vaut
se rendre directement à la pharmacie. Il vous en coûtera légèrement
plus cher que votre déodorant habituel : comptez autour de 6 euros par
produit. Exemples :
Déodorant en stick Kéops de Roc
Déodorant stick Zelane
Déodorant vaporisateur Weleda aux huiles essentielles, sans parabens
Déodorant vaporisateur Vichy
Article tiré du site www.lanutrition.f