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Posté le 29/01/2008 10:40:00 Par A Turtle in a Kitchen (Voir son site)





185..., 186..., 187..... Le compte est bon !



Voilà ce que je me suis écrié, dimanche soir, à presque minuit. Bien sûr, il ne s'agissait pas du nombre de pompes que j'effectuais, ni du nombre de chocolats engloutis dans le week end (oh l'autre!), mais tout simplement celui des copies, corrigées en un temps record, pour cause de dead line qui s'approchait à grands pas, pour ne pas dire à la vitesse du son (je garde celle de la lumière sous le coude, pour un prochain épisode palpitant de ma vie)! Or, pour réaliser ce genre de challenge, ô combien enrichissant, je ne connais qu'une seule et unique méthode : se placer en mode hibernation forcée, seul et unique moyen de me convaincre de passer plus de dix heures par jour à la tâche.
Ceci expliquant cela, je n'ai pas été véritablement "présente au monde" ce week end. Pour dire vrai, je m'étais quasi dissociée de mon propre corps, n'étant qu'une espèce de machine à corriger, enchaînant les copies comme d'autres enchaînent les longueurs, sans réfléchir qu'à la lueur finale, celle constituée par la fin de cet interminable tas. Et 5 de plus, et 20 de plus, et 40, et bientôt, le tant espéré "plus que 10, .. que 5..., que 3...". (A ce sujet, avez-vous remarqué quedans ce genre d'effort, répétitif, les derniers mètres sont toujours les plus longs? )
Durant deux jours, j'ai lutté, lutté, envers et contre la douleur du poignet, la fatigue des yeux, le ras le bol de lire pour la 70 ème fois que "débouter signifie : rejeter une demande en justice"... Avec cette fabuleuse musique dans la tête, je me voyais, en digne héritière de ce Balboa devenu tellement culte pour mes frères qu'il l'est aussi devenu pour moi, terminer sous les hourras d'un public en délire, et... même pas!
J'étais, malgré tout, très fière de moi, et, au moment de me coucher, je me suis fait la réfléxion que la vie était marrante, quand même.
Lorsque j'étais étudiante et que je passais moi-même les fameux partiels du mois de janvier je ne voyais que l'outrage que la faculté me faisait à organiser systématiquement ces examens dès les tous premiers jours du mois de janvier, alors que j'avais bien d'autres envies, pendant les périodes de fêtes, que de réviser quand tout le monde mangeait, faisait la fête et parcourait les magasins à la recherche des cadeaux de Noël. Je me souviens aussi de cette ambiance particulière, lorsque j'arrivais dans l'amphithéâtre le matin des épreuves, déballant ma trousse et ma montre, seuls à me tenir compagnie pendant les longues heures d'examen, quand mes voisins d'épreuve sortaient pour leur part, mouchoirs, bouteilles d'eau, snickers et autres barres vitaminées pour casser la faim, la soif ou l'ennui. Il y avait alors dans l'air, outre l'odeur de la gomina de mon voisin de droite et du parfum entêtant, en général, dont s'était largement aspergé ma voisine de gauche, cette électricité, cette tension, précédant l'examen. Je revois encore la fille qui, deux minutes avant l'épreuve, compulsait encore ses innombrables fiches, censées l'aider à mémoriser dans l'urgence les dates clés de la création des juridictions ou le nombre de jurés présents devant la chambre d'accusation de la cour d'appel ; et la tête angoissée du garçon qui interrogeait desespérément tous ses voisins, le stress dans la voix, cherchant le nom du jugement dont il ne se souvenait plus, alors qu'il le savait encore la veille.... Je me souviens encore de ces quelques blagues, toujours les meilleures, que j'échangeais pendant ce temps, avec mes amis, que je ne recroise plus, pour la plupart, mais dont je me sentais si proche, en attendant, un peu fébrile, le moment où le sujet apparaîtrait avec son lot de questions. J'ai encore en tête cette impression d'euphorie, ne manquant pas de débarquer tout au fond de l'estomac, lorsqu'enfin je rendais la toute dernière copie marquant la fin de cette période d'examen marathon. Celle créée par la perspective de pouvoir à nouveau faire la moule dans le canapé, la fête avec mes amis, avec cette impression unique de devoir accompli. La cure de cinéma, aussi, qui, inlassablement, clôturait cette période d'effort, lorsque j'enchainais les séances, les unes à la suite des autres, pour meubler ces longs instants de calme après la tempête, ces films, défilé d'images, de son et d'histoires qui m'aidaient progressivement à retrouver ce grand et doux plaisir de la glande... Après les quinze jours au moins passés comme dans un sous marin russe à réviser non-stop, il fallait bien ça pour tromper cette impression bizarre de vide après l'effort. Réapprendre à meubler les journées sans contrainte, sans l'obligation de se mettre à travailler, dès les premières heures du matin, jusqu'à tard dans la soirée.


Autant dire qu'à l'époque, pas un instant je n'ai ne serait-ce que réfléchi à ce que devenaient ces fameuses copies dont nous avions noirci les lignes, à plus de 500 par amphithéâtre. Non, jamais. Il aura fallu que je passe de l'autre côté, celui des enseignants pour comprendre.... Et là, je dois bien dire que j'ai vite compris l'ampleur de la tâche, pour le correcteur... Ah ça oui!



Cette année, ce ne sont pas moins de 230 copies qui seront passées sous mes yeux, en l'espace d'un mois, rien que cela... Mais heureusement, outre les fou-rires que me réservent parfois les perles que contiennent certaines d'entre elles (saviez vous, par exemple, que le port du voile était interdit à l'école pour privilégier le proxénétisme. Et oui! que de la blague cette histoire de lutte contre le prosélytisme! ), il y a toujours cette satisfaction à découvrir que certains étudiants ont compris ce que je me suis évertué à enseigner des heures durant, et le fait que, sans pour autant raffoler des corrections, ces dernières sont parfois les bienvenues pour me réconforter avec l'idée qu'écrire une thèse, c'est finalement super intéressant!

Pourtant, avant hier, arrivée aux trois quarts des 187 copies corrigées en trois jours, il me fallait plus que ces réflexions pour parvenir au bout de ce tas qui semblait aussi inépuisable que le décompte des grains de sable d'une plage bretonne.... Il me fallait quelque chose qui fasse taire le ras le bol grandissant, de plus en plus palpable avec les heures, et la douleur me lancinant, juste à la base de la nuque, la tête penchée depuis les toutes premières heures du matin sur ces pattes de mouche noircissant les lignes et laissant dangereusement présager la migraine. Heureusement, j'avais sous le coude exactement ce dont j'avais besoin.... (la Turtle est prévoyante, quand cela s'avère nécessaire ...)

J'avais une merveilleuse petite douceur... Une de celles qui rebooste autant que les "allez! allez!" du coach de Rocky. J'avais le cake fabuleux au chocolat d'Alain Ducasse, admiré chez Sandra en novembre et mis illico presto dans mes favoris, dans l'attente du moment parfait pour être dégainé. Et samedi , au réveil, c'est celui-ci qui est venu titiller mes neurones, doux souvenir d'abord, puis révélation soudaine autant qu'irrépressible du petit matin : je savais que son heure était venue!



Avant de vous narrer la découverte et la saveur de ce cake tout en douceur, je dois préciser que durant des années, les cakes me faisaient aussi peu d'effet qu'une tranche de jambon oubliée dans un frigo désert... J'avais à leur encontre un certain nombre d'a priori. Je les associais à ces cakes quelconques, généralement secs et sans goût, que des mamans, généreuses, mais néanmoins très mauvaises cuisinières, préparaient pour les fêtes de l'école et autres kermesses auxquelles je participais, étant petite. Ils n'étaient alors jamais à la hauteur de l'espoir que je mettais en eux. Le souvenir était tellement tenace que bien vite, j'ai pris pour habitude de ne plus choisir de cake. J'optais pour d'autres gâteaux, et sans l'aide d'une petite fée, ayant décidé un beau matin de m'envoyer un certain pleyel par la poste, je ne serais sûrement par revenue sur ce que je considérais comme une sage décision. Mais bien sûr, ouvrant ma porte, sur un colis venu du ciel (ou de Bordeaux) et contenant une petite douceur, tout spécialement réalisée pour moi, (avouez que rien que son arrivée, comme ça, à l'improviste, c'est quand même un truc de fou, comme dirait mon petit frère), j'ai évidemment cédé! Dès la première bouchée, j'ai compris (une fois de plus) que seuls les idiots ne changent pas d'avis, et que les cakes au chocolat, réalisés avec LA bonne recette, peuvent être terribles!

C'est pourquoi, lorsque Sandra, donc, a vanté les mérites de son cake au chocolat, disant qu'il était à ses yeux meilleur encore que le fameux pleyel qui m'avait fait retourner ma carapace, je n'ai pas hésité plus d'une seconde. Et c'est même sans prendre le temps de vérifier que j'avais tous les ingrédients à portée de main que je me suis lancée dans sa préparation. Alors bien sûr, au moment où, toujours en pijama (l'envie était si pressante que je n'étais, je l'avoue humblement, pas même passée encore par la case douche/habillage, avant de le commencer), j'ai découvert que je n'avais plus que de l'huile d'olive pour réaliser la fameuse recette, au lieu de l'huile neutre conseillée, il était tout simplement trop tard pour faire marche arrière, et j'ai alors décidé que ce léger détail ne mettrait pas un terme à une si belle aventure, ç'eût été trop bête. C'est pourtant avec un fond de crainte que j'ai fini la recette et mis le fameux cake à cuire.... Une longue heure durant laquelle les vapeurs chocolatées s'épanouissant lentement mais sûrement de mon four sont venue me chatouiller les narines a pourtant suffit à me convaincre qu'il ne pouvait pas être mauvais.

Et c'est ainsi qu'est né, un beau samedi de janvier et en exclusivité mondiale (parce que je soupçonne la seule Turtle d'avoir l'absolu courage de réaliser la recette à l'huile d'olive, bien que n'ayant absolument pas vérifié si d'autres s'y étaient frotté), le Cake ultra moelleux au chocolat et ... à l'huile d'olive!





Ingrédients:



200 g farine
85 g cacao en poudre non sucré
7 g levure chimique (les 3/4 d'un sachet)
125 g d'oeufs (3 petits)
300 g sucre
140 g huile végétale type arachide ou tournesol (pour moi, d'olive, donc!)
125 g crème double (j'avais de la crème liquide à 15% MG)
240 g lait entier (j'avais seulement de l'écrémé... ce qui en fait presqu'une recette light, non?)

Marche à suivre:


Préchauffer le four th 6-7 (200°C).
Beurrer le(s) moule(s).
Dans un bol moyen, tamiser ensemble la farine, le cacao en poudre et la levure. Réserver.
Dans un grand saladier, fouetter énergiquement les oeufs entiers avec le sucre et l'huile jusqu'à ce que le mélange prenne la consistance d'une mayonnaise fluide et lisse.
Incorporer les ingrédients secs petit à petit en mélangeant bien après chaque addition puis détendre la pâte avec la crème.
Ajouter le lait et mélanger sans trop travailler la pâte qui doit être homogène.
Verser la pâte (elle doit arriver à mi-hauteur si vous utilisez 2 petits moules à cake ou aux 3/4 pour un seul grand moule).
Egaliser la surface avec une maryse et enfourner : commencer par cuire 10 min puis baisser le thermostat à 150°C (th 5) et continuer la cuisson environ 55 min.
Vérifier en enfonçant un pic à brochette qu'il ressorte propre.
Refroidir dans le moule posé sur une grille environ 10 min avant de démouler.

Bilan des courses:


Pendant que je réalisais le gâteau, j'ai bien évidemment goûté la pâte, afin d'essayer de déterminer si oui ou non, mon ajout d'huile d'olive avait rendu le cake immangeable ... Bon, froide, la pâte avait quand même franchement le goût ... d'olive... L'association avec le chocolat n'était pas désagréable, mais pas non plus des plus percutantes, je ne tenais donc pas l'association du siècle.


Après l'avoir cuit, j'ai filé chez mes parents. C'était un challenge à leur hauteur. J'étais sûre d'une chose, s'ils n'aimaient pas, je le saurais très vite! Arrivée là bas, j'ai laissé le cake en évidence, l'air de rien, pendant que je commençais à corriger devant un bon petit feu concocté par ma Ratatouille (le dernier de mes frérots, c'est l'avantage d'avoir 1) un frère armoire à glace qui porte les buches de la pointe de l'auriculaire, 2) d'être aimée suffisamment pour qu'il s'inquiète d'avoir vu sa Turtle de soeur passer 15 minutes à photographier le fameux cake sur la terrasse qui, bien que baignée de soleil, n'en était pas moins très hivernale, et qui s'empresse de lui faire une petite flambée pour qu'elle se réchauffe la couenne...).


Ils ont alors, les uns après les autres, cédé à mon traquenard. J'avais bien évidemment omis de préciser que l'huile d'olive était de la fête. Résultat, je n'ai entendu que des "oh mon Dieu, qu'il est moelleux, ... rohhh, c'est toi qui a fait ça? ... rohhh, et moi qui voulait me mettre au régime.... ohhh non, sors moi ça de sous les yeux, ou je vais le finir, si ça continue... Non , il est juste trop bon...". Après les avoir entendu s'extasier, j'ai posé la question fatidique : "et tu ne trouves pas qu'il a un goût... spécial?"

Réponse spontanée autant qu'enthousiaste "ah non! pas du tout! il est tout doux, moelleux, pas trop fort en chocolat, non, non, vraiment, il est parfait!".


Bien sûr, je l'ai moi même goûté. C'était indispensable, question de principe. Après avoir cuit, le goût d'olive était beaucoup moins présent qu'à cru. Mais, bien sûr, pour ma part je le sentais, puisque d'une, je connaissais sa présence, et de deux, j'ai, je pense, le palais plus affiné que les miens. Quoi qu'il en soit, je vous recommande de ne pas vous lancer si vous n'avez pas un amour fou pour l'huile d'olive et une huile suffisamment bonne et légère (ce qui était quand même mon cas), pour permettre de s'associer avec le chocolat.


Hormis cela, le cake n'avait que peu en commun avec le fameux pleyel. Non qu'il soit moins bon, il est tout simplement très différent. Le pleyel est dense et très fort en chocolat, là où ce cake à la Ducasse est pour sa part léger, moelleux et fondant sans être lourd en bouche et à peine chocolaté. Pour les chocolats addict, je recommande de le couper en deux et de le fourrer avec une ganache, ou d'opter pour du vrai chocolat, à la place du cacao amer. Pour ceux qui rêvent simplement d'un cake tout en douceur, je ne peux que vous dire de foncer, sans l'ombre d'une hésitation...

Enfin, je crois que c'est la première fois que je goûtais un gâteau au chocolat où l'huile remplace le beurre. Je pense que c'est elle qui joue beaucoup dans la légèreté et le fondant de ce cake. Je ne vois que ça, pour changer à ce point la texture et le résultat est si probant, que bien que férue adepte du beurre dans les gâteaux en tous genres, je crois bien qu'à cause de cette recette... je vais revoir mes valeurs sûres, histoire de vérifier si certaines ne gagneraient pas au change. En somme, cette recette m'ouvre des perspectives nouvelles!

Quant à l'huile d'olive, je la réserverai sûrement pour un cake au citron. Ou alors, quitte à jouer l'originalité, en lui associant en plus du piment d'espelette (pour avoir testé celui de Guillemette, je sais que le chocolat et lui se marient somptueusement) ou un peu de poivre cubèbe, pour donner du répondant à la note verte qu'elle introduit.


Epilogue: avant de quitter la maison familiale, je n'ai pas omis de glisser un beau morceau de cake, en prévision de ma longue journée de corrections dominicale... Et lorsque, le lendemain, à 17 heures pétantes, l'heure du thé s'imposait, c'est avec une petite pensée émue pour Sandra, que j'ai à nouveau cédé au moelleux de ce fabuleux cake, accompagné d'un divin thé russe à s'en brûler les lèvres....



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