La mauvaise humeur nous pousse-t-elle vraiment à acheter plus gras et plus sucré ?
On l’a tous déjà vécu. Une journée compliquée, un moral en berne… et soudain, au supermarché, la tablette de chocolat, les biscuits ou les chips semblent beaucoup plus séduisants que les pommes ou le yaourt nature.
Intuition ou réalité scientifique? La réponse est plus nuancée qu’on ne le pense, et dépend d’un facteur clé souvent oublié: notre manière de nous projeter dans le temps.
Humeur et alimentation: un lien bien réel
Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent au lien entre état émotionnel et choix alimentaires. Une chose est certaine : nous ne désirons pas les mêmes aliments selon que nous sommes joyeux ou tristes.
Mais sur un point, la science a longtemps hésité :
- Pour certains chercheurs, la bonne humeur pousserait vers le plaisir immédiat… donc vers des aliments plus riches et plus caloriques.
- Pour d’autres, au contraire, être de bonne humeur inciterait à prendre soin de soi et à faire des choix plus sains.
Deux visions opposées, que des chercheurs américains ont voulu départager en ajoutant une variable essentielle : la perspective temporelle.
Présent ou futur: la clé qui change tout
La perspective temporelle correspond à la manière dont une personne se situe mentalement :
- soit centrée sur le présent (le plaisir immédiat),
- soit orientée vers le futur (les conséquences à long terme).
L’hypothèse des chercheurs : l’humeur seule ne suffit pas à expliquer nos choix alimentaires. C’est la combinaison entre humeur et projection dans le temps qui ferait la différence.
Une étude en plusieurs expériences
Dans une étude publiée en 2014 dans le Journal of Consumer Psychology, les chercheurs ont mené quatre expériences distinctes.
1. Manipuler l’humeur
Les participants lisaient soit un texte joyeux, soit un texte triste, afin de provoquer artificiellement une bonne ou une mauvaise humeur.
2. Évaluer des aliments
Ils devaient ensuite évaluer différents produits alimentaires, certains considérés comme sains (fruits, raisins), d’autres comme nocifs ou très caloriques (bonbons, snacks).
3. Ajouter la perspective temporelle
Dans les expériences suivantes, les chercheurs demandaient à certains participants de décrire leur domicile actuel (orientation présent), et à d’autres leur domicile futur (orientation futur), avant d’évaluer leurs choix alimentaires.
Les résultats sont sans appel
Mauvaise humeur = attirance pour les aliments “plaisir”
Les participants en mauvaise humeur ont jugé plus favorablement les aliments gras, sucrés et caloriques que les aliments sains.
➡️ Quand ça ne va pas, le cerveau cherche un réconfort immédiat, souvent au détriment de la santé.
Bonne humeur = choix plus sains… sous conditions
Les participants de bonne humeur ont globalement évalué plus positivement les aliments sains.
Mais — et c’est là que tout se joue — cet effet disparaît si la personne est centrée sur le présent.
Autrement dit :
- Bonne humeur + orientation vers le futur → choix alimentaires plus sains
- Bonne humeur + orientation vers le présent → tentation toujours forte pour les aliments plaisir
Pourquoi notre cerveau fonctionne ainsi?
Quand nous sommes de bonne humeur, nous avons tendance à formuler des pensées plus abstraites et globales. Cela nous permet de mieux anticiper les bénéfices à long terme : santé, énergie, bien-être durable.
À l’inverse, la mauvaise humeur nous enferme dans le présent. Le cerveau cherche une récompense rapide, capable d’atténuer l’émotion négative. Les produits gras et sucrés deviennent alors particulièrement attractifs.
La nourriture devient un outil de régulation émotionnelle.
Faire ses courses de mauvaise humeur: une fausse bonne idée
L’étude est très claire sur ce point :
faire ses courses en étant de mauvaise humeur augmente le risque d’acheter des produits plus caloriques et moins équilibrés.
Même la bonne humeur ne suffit pas toujours à protéger de ces choix, si l’on reste focalisé sur l’instant présent.
Les chercheurs concluent avec une idée étonnamment concrète
Avant d’aller faire ses courses, mieux vaut se placer mentalement dans le futur.
Par exemple :
- penser à ses projets à venir,
- imaginer son bien-être dans quelques semaines,
- ou, selon les auteurs avec humour, regarder un film de science-fiction (futur + émotions positives).
Résultat : une meilleure capacité à faire des choix alimentaires bénéfiques sur le long terme.
Adèle PeychesPassionnée de gastronomie et toujours en quête de nouvelles pépites culinaires, j'ai d'abord suivi des études de droit avant de revenir à mon premier amour : le goût des bons produits et le plaisir du partage autour de la table :)
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