Pourquoi les Français se détournent de plus en plus du vin rouge : ce qui est en train de changer dans nos habitudes
samedi 31 octobre 2026 13:00 - Daniele Mainieri
Et le phénomène ne se limite pas aux rayons des supermarchés. Même la Bourgogne, célèbre pour ses pinots noirs et ses grands crus, voit ses rouges reculer. Comment un vin aussi lié à la culture française peut-il perdre autant de place? La réponse tient autant à la transformation des repas qu’aux nouvelles envies des consommateurs.
Une baisse qui touche la France bien au-delà d’un seul vignoble
Le mouvement est installé depuis plusieurs années. Entre 2018 et 2023, les ventes de vin rouge en France ont perdu 26 % en volume, contre 10 % pour les blancs, selon les données sectorielles citées par la Revue française d’œnologie et Le Figaro Vin. Ce n’est pas un accident de saison. Les appellations de Bordeaux et de la vallée du Rhône figurent aussi parmi les zones touchées.
Les chiffres des achats confirment cette direction. FranceAgriMer relevait déjà en 2024 une baisse de 7 % des volumes de rouge achetés pour la consommation à domicile. En 2025, le recul s’est prolongé. Le rouge concentre une part importante de la contraction du marché.
Il faut toutefois garder les mesures à leur place : les ventes en supermarché ne racontent pas toute la vie des restaurants, des cavistes ou des domaines. Elles montrent une tendance, pas une disparition.
Les chiffres des achats confirment cette direction. FranceAgriMer relevait déjà en 2024 une baisse de 7 % des volumes de rouge achetés pour la consommation à domicile. En 2025, le recul s’est prolongé. Le rouge concentre une part importante de la contraction du marché.
Il faut toutefois garder les mesures à leur place : les ventes en supermarché ne racontent pas toute la vie des restaurants, des cavistes ou des domaines. Elles montrent une tendance, pas une disparition.
Le vin rouge n’est plus le réflexe automatique du repas
Pendant longtemps, le rouge était presque un personnage de la cuisine familiale : une bouteille à côté du fromage, un repas de fête, une longue discussion autour de la table. Mais le lien entre vin et repas devient moins systématique.
Dans son baromètre 2026, SOWINE/Dynata constate que 60 % des personnes interrogées associent encore un bon repas au vin, soit cinq points de moins qu’en 2025. L’enquête observe également un recul de la consommation de vin au déjeuner.
Ces résultats suggèrent que les occasions où une bouteille de vin allait de soi sont moins nombreuses. Le choix de ne pas boire d’alcool prend aussi sa place.
Dans son baromètre 2026, SOWINE/Dynata constate que 60 % des personnes interrogées associent encore un bon repas au vin, soit cinq points de moins qu’en 2025. L’enquête observe également un recul de la consommation de vin au déjeuner.
Ces résultats suggèrent que les occasions où une bouteille de vin allait de soi sont moins nombreuses. Le choix de ne pas boire d’alcool prend aussi sa place.
Blancs et effervescents: ceux qui résistent mieux
Le blanc ne remplace pas mécaniquement chaque bouteille de rouge vendue en moins. Mais il résiste nettement mieux dans les chiffres de grande distribution. De janvier à mi-octobre 2025, ses volumes n’ont cédé que 0,5 %, tandis que le rosé reculait de 1,1 % et le rouge de 8,8 %.
Le baromètre SOWINE/Dynata 2026 apporte un autre éclairage : parmi les consommateurs de vin interrogés, 91 % déclarent consommer du blanc, contre 83 % du rouge. Il s’agit de pratiques déclarées, pas de parts de marché.
Les vins effervescents gagnent eux aussi en visibilité : le baromètre fait état d’une nette progression des personnes déclarant en consommer. Le paysage se diversifie.
Le baromètre SOWINE/Dynata 2026 apporte un autre éclairage : parmi les consommateurs de vin interrogés, 91 % déclarent consommer du blanc, contre 83 % du rouge. Il s’agit de pratiques déclarées, pas de parts de marché.
Les vins effervescents gagnent eux aussi en visibilité : le baromètre fait état d’une nette progression des personnes déclarant en consommer. Le paysage se diversifie.
Les jeunes adultes ont une autre idée des boissons de fête
Pour comprendre la situation, il faut aussi regarder ceux qui construiront les habitudes de demain. Chez les 18-25 ans interrogés par SOWINE/Dynata en 2026, les cocktails arrivent devant le vin dans les préférences déclarées : 46 % contre 36 %. La bière se situe entre les deux, à 40 %.
Cela ne signifie pas que toute une génération tourne le dos au vignoble. Mais le rouge n’a plus nécessairement la même place symbolique. Les goûts, les contextes et les occasions se répartissent entre davantage de boissons.
Autre élément : 18 % des répondants au baromètre disent ne pas consommer d’alcool. Pour les producteurs, le défi ne se résume donc pas à une concurrence entre rouge et blanc.
Cela ne signifie pas que toute une génération tourne le dos au vignoble. Mais le rouge n’a plus nécessairement la même place symbolique. Les goûts, les contextes et les occasions se répartissent entre davantage de boissons.
Autre élément : 18 % des répondants au baromètre disent ne pas consommer d’alcool. Pour les producteurs, le défi ne se résume donc pas à une concurrence entre rouge et blanc.
Et puis il y a le prix, le budget et l’image du rouge
Les achats de vin restent sensibles aux arbitrages du quotidien. Dans son suivi du marché en 2025, FranceAgriMer évoque des consommateurs attentifs à leurs dépenses, malgré le ralentissement de l’inflation. Le vin peut faire partie des dépenses réduites.
Il existe aussi une question d’image. Dans son bilan des ventes de 2024, FranceAgriMer relève que les rouges sont parfois perçus comme plus forts, plus alcoolisés ou plus tanniques — c’est-à-dire qui accrochent davantage en bouche, notamment par de jeunes consommateurs. Ces perceptions ne décrivent évidemment pas tous les rouges.
Au fond, aucun facteur ne suffit à expliquer à lui seul le recul. La baisse des achats, l’évolution des goûts et la raréfaction de certaines occasions se cumulent. D’où la difficulté d’y répondre.
Il existe aussi une question d’image. Dans son bilan des ventes de 2024, FranceAgriMer relève que les rouges sont parfois perçus comme plus forts, plus alcoolisés ou plus tanniques — c’est-à-dire qui accrochent davantage en bouche, notamment par de jeunes consommateurs. Ces perceptions ne décrivent évidemment pas tous les rouges.
Au fond, aucun facteur ne suffit à expliquer à lui seul le recul. La baisse des achats, l’évolution des goûts et la raréfaction de certaines occasions se cumulent. D’où la difficulté d’y répondre.
En Bourgogne, le signal est d’autant plus frappant
C’est dans ce contexte national que les derniers chiffres bourguignons prennent tout leur sens. Sur les douze mois achevés en juillet 2026, le vignoble a commercialisé 166 millions de bouteilles de vins tranquilles, soit une baisse de 1,3 %. Mais derrière ce résultat relativement modéré, les ventes de rouges chutent de 4,9 %.
À l’inverse, les blancs progressent de 0,4 % et le crémant de Bourgogne de 6,5 %, selon les chiffres du Comité des vins de Bourgogne. Un contraste frappant au pays du pinot noir et du chardonnay.
Plus étonnant encore, le ralentissement touche aussi des grands crus de Côte-d’Or, selon la filière. Le prestige et la rareté ne mettent donc pas complètement le rouge à l’abri. Le signal dépasse les bouteilles du quotidien.
À l’inverse, les blancs progressent de 0,4 % et le crémant de Bourgogne de 6,5 %, selon les chiffres du Comité des vins de Bourgogne. Un contraste frappant au pays du pinot noir et du chardonnay.
Plus étonnant encore, le ralentissement touche aussi des grands crus de Côte-d’Or, selon la filière. Le prestige et la rareté ne mettent donc pas complètement le rouge à l’abri. Le signal dépasse les bouteilles du quotidien.
Pour les viticulteurs, s’adapter ne se fait pas en une saison
On pourrait imaginer qu’il suffit de produire davantage de blanc. Dans la réalité, ce n’est pas si simple. Une vigne se plante pour des années et les cépages autorisés, les terroirs ainsi que les règles des appellations limitent les changements rapides.
Pour les régions historiquement tournées vers le rouge, la baisse de la demande pose donc des questions concrètes : quels volumes produire, comment maintenir l’activité et à quels marchés s’adresser ?
La Bourgogne illustre bien cette complexité : les services agricoles régionaux soulignent que la diminution des stocks de rouge tient notamment aux petites récoltes précédentes, et non à une demande soudainement repartie. Ventes, récoltes et stocks ne doivent pas être confondus.
Pour les régions historiquement tournées vers le rouge, la baisse de la demande pose donc des questions concrètes : quels volumes produire, comment maintenir l’activité et à quels marchés s’adresser ?
La Bourgogne illustre bien cette complexité : les services agricoles régionaux soulignent que la diminution des stocks de rouge tient notamment aux petites récoltes précédentes, et non à une demande soudainement repartie. Ventes, récoltes et stocks ne doivent pas être confondus.
Le rouge garde une place importante, mais elle change
Faut-il en conclure que les Français n’aiment plus le vin rouge ? Certainement pas. En 2024, le rouge représentait encore la première couleur en volume dans les ventes de vins tranquilles en grande distribution, d’après FranceAgriMer. Il conserve aussi de nombreux consommateurs réguliers.
L’histoire est donc plus nuancée qu’un abandon brutal. Le vin rouge reste un marqueur de notre patrimoine gastronomique, mais il n’est plus le choix automatique de toutes les générations et de toutes les occasions. Le véritable changement, c’est la fin de son évidence.
Du supermarché aux appellations de Bourgogne, les chiffres racontent la même transformation : les Français diversifient leur rapport au vin, tandis que les producteurs doivent composer avec une demande moins prévisible.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
L’histoire est donc plus nuancée qu’un abandon brutal. Le vin rouge reste un marqueur de notre patrimoine gastronomique, mais il n’est plus le choix automatique de toutes les générations et de toutes les occasions. Le véritable changement, c’est la fin de son évidence.
Du supermarché aux appellations de Bourgogne, les chiffres racontent la même transformation : les Français diversifient leur rapport au vin, tandis que les producteurs doivent composer avec une demande moins prévisible.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Daniele MainieriChaque jour, je plonge avec curiosité dans l’univers de la cuisine et du vin, à la recherche de nouvelles saveurs, recettes et découvertes à partager. Des plats de grand-mère aux tendances culinaires du moment, en passant par les accords qui font toute la différence. Depuis plus de 10 ans, je travaille dans la communication food & wine et je suis aujourd’hui responsable éditoriale de la version italienne de Petitchef.
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