Aliments ultra-transformés : ce que la science confirme aujourd’hui (et pourquoi le sujet devient urgent)

vendredi 9 janvier 2026 08:15 - Adèle Peyches
Aliments ultra-transformés : ce que la science confirme aujourd’hui (et pourquoi le sujet devient urgent)

Ils sont partout dans nos placards, nos frigos et nos rayons de supermarché. Pratiques, bon marché, souvent très attractifs, les aliments ultra-transformés font désormais partie du quotidien alimentaire de millions de personnes. Mais derrière cette omniprésence se cache une réalité de plus en plus documentée par la recherche.

Dans une série de trois articles publiés le 19 novembre 2025 dans The Lancet, à laquelle ont contribué des chercheuses de l’Inserm et un chercheur de l’INRAE, 43 scientifiques internationaux dressent un constat sans ambiguïté: la consommation élevée d’aliments ultra-transformés est associée à de nombreux effets négatifs sur la santé, et nécessite une réponse de santé publique coordonnée...


Les aliments ultra-transformés, c’est quoi exactement?

Selon la classification NOVA, utilisée internationalement, les aliments ultra-transformés (AUT) ne sont pas simplement des aliments “transformés”. Il s’agit de produits issus de procédés industriels complexes, combinant :

  • des ingrédients rarement utilisés en cuisine domestique (isolats de protéines, huiles hydrogénées, sirop de glucose-fructose),
  • de nombreux additifs dits « cosmétiques » (émulsifiants, colorants, édulcorants, exhausteurs de goût),
  • des procédés physiques, chimiques ou biologiques destinés à modifier texture, goût et conservation.

Leur objectif n’est pas seulement de nourrir, mais aussi d’optimiser le coût, la durée de conservation et l’attractivité du produit.

Une place devenue massive dans notre alimentation

Les chiffres donnent la mesure du phénomène :

  • En France, les aliments ultra-transformés représentent environ 35 % des apports caloriques quotidiens.
  • Aux États-Unis, cette proportion atteint jusqu’à 60 % (Inserm, 2025).

Cette progression rapide est l’un des grands bouleversements alimentaires des dernières décennies.

Des effets négatifs désormais largement documentés

Le premier article de la série The Lancet s’appuie sur une revue systématique de 104 études longitudinales menées à travers le monde. Résultat : 92 études montrent une association entre consommation élevée d’aliments ultra-transformés et augmentation du risque de maladies chroniques.

Les associations les plus solides concernent :

  • l’obésité,
  • le diabète de type 2,
  • les maladies cardiovasculaires,
  • certains troubles de la santé mentale (dont la dépression),
  • la mortalité prématurée toutes causes confondues.

Les méta-analyses citées montrent des associations significatives pour 12 indicateurs de santé différents (Inserm, 2025).

Pourquoi ces aliments posent problème

Les chercheurs identifient plusieurs mécanismes complémentaires :

  • Surconsommation énergétique : les aliments ultra-transformés sont souvent conçus pour être très appétents, favorisant une prise alimentaire excessive.
  • Déséquilibre nutritionnel : trop de sucres ajoutés, de graisses saturées et de sel, et pas assez de fibres et de protéines de qualité.
  • Exposition accrue à des substances problématiques : additifs alimentaires, contaminants issus des procédés industriels ou des emballages.
  • Altération des signaux de satiété, rendant plus difficile la régulation naturelle de l’appétit.

La cohorte française NutriNet-Santé, pilotée notamment par l’Inserm et l’INRAE, a joué un rôle central dans l’identification de ces associations et continue d’explorer les facteurs en jeu.

Un enjeu de santé publique, pas seulement individuel

Les auteurs insistent sur un point clé : le problème ne peut pas être résolu uniquement par la responsabilité individuelle.

Selon Mathilde Touvier (Inserm) et Bernard Srour (INRAE), il est essentiel de distinguer le débat scientifique légitime des tentatives de certains groupes d’intérêts visant à minimiser ou discréditer les preuves existantes pour freiner les politiques de santé publique (Inserm, 2025).

Autrement dit, mieux manger ne doit pas dépendre uniquement de la “bonne volonté” des consommateurs.

Quelles solutions proposent les scientifiques?

Le deuxième article de la série avance des mesures concrètes, à plusieurs niveaux :

Mieux informer les consommateurs

Indiquer clairement le caractère ultra-transformé des produits.

Tester des outils d’étiquetage intégrant la notion de transformation, comme une évolution du Nutri-Score.

Encadrer la commercialisation

Restreindre la publicité pour les aliments ultra-transformés, en particulier auprès des enfants.

Limiter leur présence dans les écoles, hôpitaux et institutions publiques.

Réduire l’espace dédié à ces produits dans les supermarchés, comme cela existe déjà dans certains pays.

Transformer le système alimentaire

Les chercheurs soulignent que réduire sucre, sel et graisses saturées ne suffit pas si la logique ultra-transformée reste dominante. Il faut agir sur la production, la formulation et le marketing des aliments à la source.

Le poids de l’industrie dans le débat

Le poids de l’industrie dans le débatLe troisième article s’intéresse aux stratégies de l’industrie agroalimentaire ultra-transformée, un secteur représentant environ 1 900 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel.

Les chercheurs décrivent :

  • l’usage d’ingrédients peu coûteux,
  • des procédés industriels optimisés,
  • un marketing intensif et ciblé,
  • des stratégies d’influence sur la recherche et l’opinion publique.

Ils appellent à une réponse mondiale coordonnée, capable de résister aux pressions économiques et de replacer la santé au centre des systèmes alimentaires.

Les données scientifiques sont désormais nombreuses et convergentes

Une alimentation riche en aliments ultra-transformés est associée à des risques sanitaires accrus. Le défi est immense, car ces produits sont profondément intégrés à nos modes de vie.

Mais les chercheurs le rappellent : il existe des leviers concrets, à condition d’agir collectivement. Réduire l’exposition aux aliments ultra-transformés, ce n’est pas revenir à une alimentation parfaite ou idéalisée, c’est redonner plus de place aux aliments simples, accessibles et peu transformés, et créer un environnement alimentaire qui facilite les bons choix plutôt que de les compliquer.

Adèle PeychesAdèle Peyches
Responsable éditoriale qui a seulement hâte de l’hiver pour manger des raclettes!
Passionnée de gastronomie et toujours en quête de nouvelles pépites culinaires, j'ai d'abord suivi des études de droit avant de revenir à mon premier amour : le goût des bons produits et le plaisir du partage autour de la table :)

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