À Sauternes, les vendanges 2026 ont attendu un champignon : pourquoi les pluies d’octobre ont tout changé
dimanche 1 novembre 2026 19:00 - Daniele Mainieri
Après un été particulièrement chaud et sec, son arrivée a tardé. Selon la coopérative Tutiac, il ne s'est vraiment manifesté qu'autour du 8 octobre. Quelques jours plus tard, entre le 15 et le 23 octobre, des sélections de raisins particulièrement intéressantes ont été réalisées. Pourquoi cette attente? Et que dit-elle déjà du millésime 2026?
Quand le reste du Bordelais vendangeait, Sauternes attendait
Le contraste est saisissant. En 2026, chaleur et sécheresse ont accéléré la maturité de nombreux raisins en Nouvelle-Aquitaine. Selon la direction régionale de l'agriculture, les premières vendanges de certains vins ont commencé dès août. Mais dans le Sauternais, des raisins mûrs ne suffisent pas : il faut encore que la nature accomplisse une transformation très particulière.
Au début de la récolte, les équipes ont surtout trouvé des raisins « passerillés ». Le mot désigne des baies qui ont perdu de l'eau sous l'effet de la chaleur et se sont concentrées, un peu comme de petits raisins secs. Elles pouvaient déjà apporter de la richesse aux jus, mais la pourriture noble, signature traditionnelle de Sauternes, était encore peu présente. L'attente était donc réelle, et le calendrier inhabituel.
Au début de la récolte, les équipes ont surtout trouvé des raisins « passerillés ». Le mot désigne des baies qui ont perdu de l'eau sous l'effet de la chaleur et se sont concentrées, un peu comme de petits raisins secs. Elles pouvaient déjà apporter de la richesse aux jus, mais la pourriture noble, signature traditionnelle de Sauternes, était encore peu présente. L'attente était donc réelle, et le calendrier inhabituel.
Début octobre, la météo a fait basculer la récolte
Le tournant arrive à la transition entre septembre et octobre. Des pluies abondantes et des températures plus fraîches créent enfin des conditions propices au développement du champignon. Dans un témoignage publié par Tutiac, la coopérative situe son apparition marquée autour du 8 octobre, en précisant que les parcelles n'avançaient pas toutes au même rythme.
Le changement ne s'est pas résumé à un simple épisode de pluie. À Sauternes, l'humidité doit être suivie de périodes suffisamment sèches pour que le raisin se concentre sans se dégrader. Le calendrier exige alors de regarder les grappes de près, de patienter, puis d'agir au bon moment.
Selon l'œnologue Antoine Samenayre, cité dans le Carnet de vendanges d'Échos de Bordeaux, les plus belles tries se sont déroulées entre le 15 et le 23 octobre. C'est le cœur de ce retournement.
Le changement ne s'est pas résumé à un simple épisode de pluie. À Sauternes, l'humidité doit être suivie de périodes suffisamment sèches pour que le raisin se concentre sans se dégrader. Le calendrier exige alors de regarder les grappes de près, de patienter, puis d'agir au bon moment.
Selon l'œnologue Antoine Samenayre, cité dans le Carnet de vendanges d'Échos de Bordeaux, les plus belles tries se sont déroulées entre le 15 et le 23 octobre. C'est le cœur de ce retournement.
Pourquoi un raisin « pourri » peut-il devenir précieux?
Son nom a de quoi dérouter : Botrytis cinerea est aussi responsable de la pourriture grise, redoutée dans bien des vignobles. Mais sur des raisins mûrs et sous une météo favorable, il peut prendre une forme très différente, appelée pourriture noble.
Le mécanisme est étonnant. Le champignon rend la peau des baies plus perméable. Lorsque l'air redevient sec, une partie de l'eau s'évapore. Les grains se rident, brunissent, parfois jusqu'à sembler abîmés. À l'intérieur, les sucres et les composés aromatiques se concentrent. Ce sont ces raisins, peu séduisants à première vue, que les vendangeurs recherchent.
Attention, le champignon n'est pas automatiquement bénéfique. Si l'humidité persiste trop longtemps, il peut au contraire entraîner une pourriture destructrice. Toute la différence tient à l'état du raisin et à la succession du temps humide et du temps sec.
Le mécanisme est étonnant. Le champignon rend la peau des baies plus perméable. Lorsque l'air redevient sec, une partie de l'eau s'évapore. Les grains se rident, brunissent, parfois jusqu'à sembler abîmés. À l'intérieur, les sucres et les composés aromatiques se concentrent. Ce sont ces raisins, peu séduisants à première vue, que les vendangeurs recherchent.
Attention, le champignon n'est pas automatiquement bénéfique. Si l'humidité persiste trop longtemps, il peut au contraire entraîner une pourriture destructrice. Toute la différence tient à l'état du raisin et à la succession du temps humide et du temps sec.
Le rôle discret du Ciron, la rivière qui aide les vignes
Ce phénomène n'est pas un heureux hasard isolé. À Sauternes et à Barsac, le paysage lui-même joue un rôle. Le Ciron, une rivière aux eaux fraîches qui rejoint la Garonne, favorise la formation de brumes automnales. Quand les matinées humides laissent place à des après-midi plus lumineux et secs, le botrytis peut progresser sans détériorer les baies.
Ce fragile équilibre explique pourquoi la région a construit une partie de son identité autour de la pourriture noble. Il explique aussi pourquoi les viticulteurs dépendent autant de la météo d'automne. Quelques jours de pluie, de soleil ou de vent peuvent modifier le déroulement des vendanges, même lorsque le raisin semblait prêt depuis longtemps.
Ce fragile équilibre explique pourquoi la région a construit une partie de son identité autour de la pourriture noble. Il explique aussi pourquoi les viticulteurs dépendent autant de la météo d'automne. Quelques jours de pluie, de soleil ou de vent peuvent modifier le déroulement des vendanges, même lorsque le raisin semblait prêt depuis longtemps.
Dans les rangs, impossible de tout récolter d'un seul coup
Dans le Sauternais, vendanger ne consiste pas à couper toutes les grappes au même moment. Les raisins n'évoluent pas à la même vitesse, parfois même au sein d'une seule grappe. Les équipes reviennent donc plusieurs fois dans les rangs, à la main, pour sélectionner les grains parvenus au bon stade. Ces passages successifs portent un nom : les « tries ».
C'est une récolte patiente, exigeante et sensible à chaque changement de temps. En 2026, cette méthode a permis de distinguer les premiers raisins concentrés par la chaleur de ceux qui ont été transformés plus tard par le botrytis. La coopérative Tutiac souligne d'ailleurs les différences importantes observées d'une parcelle à l'autre. Parler d'une seule récolte homogène serait donc trompeur.
C'est une récolte patiente, exigeante et sensible à chaque changement de temps. En 2026, cette méthode a permis de distinguer les premiers raisins concentrés par la chaleur de ceux qui ont été transformés plus tard par le botrytis. La coopérative Tutiac souligne d'ailleurs les différences importantes observées d'une parcelle à l'autre. Parler d'une seule récolte homogène serait donc trompeur.
Abricot sec, datte, tilleul: deux visages pour le millésime 2026
Les premiers indices sont déjà perceptibles dans les jus, appelés « moûts » avant qu'ils ne deviennent des vins. Antoine Samenayre décrit d'abord, pour les raisins passerillés récoltés dans la chaleur, des notes d'abricot sec, de datte et de confiture de mirabelle. Un registre très mûr, différent de l'expression habituelle des liquoreux botrytisés.
Après l'installation de la pourriture noble, les tries du 15 au 23 octobre ont livré un autre profil : des impressions de tilleul et de sous-bois frais, plus caractéristiques de l'appellation selon l'œnologue. Ce contraste est probablement l'information la plus intéressante de l'automne.
Il faut pourtant rester prudent. Ce sont des observations sur les premiers moûts, pas un portrait définitif des bouteilles 2026. Les fermentations, les choix d'assemblage et l'élevage influenceront le résultat final.
Après l'installation de la pourriture noble, les tries du 15 au 23 octobre ont livré un autre profil : des impressions de tilleul et de sous-bois frais, plus caractéristiques de l'appellation selon l'œnologue. Ce contraste est probablement l'information la plus intéressante de l'automne.
Il faut pourtant rester prudent. Ce sont des observations sur les premiers moûts, pas un portrait définitif des bouteilles 2026. Les fermentations, les choix d'assemblage et l'élevage influenceront le résultat final.
Peut-on déjà parler d'un grand Sauternes 2026?
Ce serait aller trop vite. Les premières observations laissent entrevoir un potentiel encourageant, mais elles ne suffisent ni à attribuer une note au millésime ni à garantir que tous les domaines connaîtront la même réussite.
Les conditions ont été contrastées, les raisins ont mûri différemment et les dates de sélection ont compté. Certains lots portent davantage la marque de la concentration par la chaleur ; d'autres celle de la pourriture noble arrivée en octobre. Les producteurs devront composer avec cette diversité.
L'essentiel est déjà connu : la pluie et la fraîcheur du début d'automne ont changé le scénario d'une campagne d'abord dominée par le soleil et la sécheresse. Le résultat final se précisera à mesure que les vins seront élaborés.
Les conditions ont été contrastées, les raisins ont mûri différemment et les dates de sélection ont compté. Certains lots portent davantage la marque de la concentration par la chaleur ; d'autres celle de la pourriture noble arrivée en octobre. Les producteurs devront composer avec cette diversité.
L'essentiel est déjà connu : la pluie et la fraîcheur du début d'automne ont changé le scénario d'une campagne d'abord dominée par le soleil et la sécheresse. Le résultat final se précisera à mesure que les vins seront élaborés.
Une vendange 2026 qui raconte toute la singularité de Sauternes
Au fond, l'épisode 2026 montre pourquoi les vendanges de Sauternes ne ressemblent pas tout à fait aux autres. Le bon raisin n'est pas seulement celui qui arrive à maturité : c'est celui qu'un champignon, une météo précise et le travail des vendangeurs ont transformé au bon moment. Après des semaines d'incertitude, octobre a apporté les conditions attendues, sans effacer les différences entre les parcelles.
Le millésime n'a pas encore livré toutes ses réponses, mais il illustre déjà la fragilité et la singularité de ce savoir-faire.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Le millésime n'a pas encore livré toutes ses réponses, mais il illustre déjà la fragilité et la singularité de ce savoir-faire.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Daniele MainieriChaque jour, je plonge avec curiosité dans l’univers de la cuisine et du vin, à la recherche de nouvelles saveurs, recettes et découvertes à partager. Des plats de grand-mère aux tendances culinaires du moment, en passant par les accords qui font toute la différence. Depuis plus de 10 ans, je travaille dans la communication food & wine et je suis aujourd’hui responsable éditoriale de la version italienne de Petitchef.
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